Changement climatique

Romans-sur-Isère  

Ils ont les jambes en coton… bio

 

Les jeans 1083* sont nés il y a trois ans, à Romans-sur-Isère, dans la Drôme. Au départ, une idée simple : produire du denim éthique et « Made in France ». En route, une mise en œuvre un peu compliquée. À l’arrivée, un pari gagné : 17 emplois créés et un chiffre d’affaires d’un million d’euros. Thomas Huriez, fondateur de la marque, répond à nos questions.

D’où est venue cette idée ?

Pour faire simple, j’étais informaticien mais j’ai très vite eu besoin de donner du sens à mon travail. En 2007, j’ai créé un magasin de mode éthique dans une maison de famille, à Romans. Au début, je vendais des bonnets péruviens… C’est peu dire que ça ne va pas à tout le monde et qu’on n’en croise pas tous les jours dans la rue ! Très vite, j’ai pensé au jean : quel est le vêtement le plus polluant au monde ? Quel est le vêtement que portent les petits, les grands, les gros, les maigres, les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux… ? La première étape a été de trouver comment faire pour vendre un jean 100% coton biologique à un prix abordable.

La solution, c’est le « Made in France » ?

Je me suis intéressé au « Made in France » car Romans c’est la capitale de la chaussure et que je voulais faire travailler les ateliers du coin. Tout le monde me disait que c’était impossible à cause du coût du travail. Mais le vrai nerf de la guerre, c’est le modèle économique avec sa filière de distribution. Il y a 50 ans on avait seulement 3 acteurs : des fabricants, qui vendaient à des commerçants, qui vendaient à des consommateurs. Aujourd’hui, il y a des sous-traitants, et puis encore des sous-traitants, des importateurs, des marques, des grossistes, des commerçants… Le tout réparti aux quatre coins de la planète, avec un faible niveau de maîtrise des risques environnementaux et sociaux. Je me suis dit qu’en créant ma propre marque, en relocalisant la production en France et en vendant directement dans ma boutique et sur internet, je limitais les intermédiaires, les transports et donc les coûts.

« Un jean 1083 fait 10 fois moins de km que n’importe quel autre jean ».

Vous avez relocalisé toute la fabrication du jean ?

Cela s’est construit au fil du temps. D’abord, nous avons trouvé un atelier de confection, ensuite un tisseur, un filateur, un teinturier. Il a fallu deux ans d’enquête pour reconstituer la filière. Et puis, nous avons fait appel au financement participatif : on a été une des premières très grosses campagnes en France. On espérait 10 000 € de commandes, on a réuni 110 000 € en deux mois ! C’est énorme, cela a tout de suite changé l’échelle du projet. Quand on a lancé la marque 1083 en 2013, on était deux, mon frère et moi. Depuis, on a créé 17 emplois. Les circuits courts, c’est hyper puissant en termes de création d’emplois. Si vous achetez un jean 1083, 97 % du prix unitaire sont redistribués en France et bénéficient donc à l’économie locale. En résumé, on est jusqu’au-boutiste sur le fond (critères sociaux et environnementaux), mais « ultra fun » sur la forme. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le concept de la marque, le style et le marketing pour toucher le plus grand nombre. Et ça marche, on a même du mal à suivre ! En 2016, l’enjeu c’est de doubler notre capacité de production.

Le jean, un vêtement trop polluant

  •  Matière première : pour produire 1 kilo de coton, il faut en moyenne 7 000 litres d’eau, 75 g de pesticides et 2 kg d’engrais chimiques. Le coton conventionnel, c’est 1/4 des pesticides utilisés dans le monde.
  • Teinture, délavage, sablage : au total, plusieurs dizaines de traitements chimiques (résines synthétiques, formaldéhyde, chlore…).
  • Transport : un jean peut faire 65 000 km entre le champ de coton et le consommateur (teinture en Chine, filature en Inde, confection au Brésil, vente en Europe).

Source : e-graine.org

* 1083 km c’est la distance qui sépare les 2 villes les plus éloignées de l’hexagone : Menton (Alpes-Maritimes) et Porspoder (Finistère).

Crédits photo : Christophe Levet

  • 1083


  • Drôme

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